Kpalimé vendredi – Sachets multicolores, plaquettes dépourvues de notice, comprimés vendus à l’unité dans de modestes gobelets : dans les marchés, les gares routières et les quartiers populaires, le commerce illicite des « médicaments de la rue » prospère, au mépris des risques sanitaires encourus par les populations.
Face à cette menace grandissante, les autorités sanitaires, les pharmaciens, les organisations de la société civile et les simples citoyens se sont mobilisés, vendredi dernier à Kpalime, à l’occasion d’une journée de sensibilisation et de réflexion. Placée sous le thème « Attention aux faux médicaments vendus dans la rue », cette rencontre visait à briser le silence sur un mal silencieux et à proposer des solutions opérationnelles.

Ce trafic illégal prospère sur le terreau de la précarité. Paracétamol, antibiotiques, antipaludéens : ces produits sont cédés sans ordonnance, sans aucune traçabilité, et en continu, à des prix défiant toute concurrence. Nombre d’acheteurs, séduits par ces facilités, en ignorent cependant les dangers.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un médicament sur dix en circulation dans les pays à faible revenu est falsifié ou de qualité substandard. Au Togo, la Direction de la Pharmacie estime que plus de 30 % des produits écoulés hors du circuit légal sont non conformes aux normes en vigueur.

Lors des échanges, des praticiens ont exposé des cas cliniques édifiants. Le diagnostic est sans appel : ces substances, présentées comme des remèdes et vendues comme des confiseries, mettent en péril des vies humaines.
Cette journée, organisée par le Club RFI Togo, en partenariat avec l’Ordre des Pharmaciens du Togo, l’OMS, la Fondation Brazzaville et des acteurs de la société civile, s’inscrit dans le cadre de la 8ᵉ campagne nationale contre la contrefaçon pharmaceutique. Elle cible particulièrement les populations de la commune Kloto 1, en zone périurbaine de Kpalimé.

À l’issue des travaux, plusieurs engagements forts ont été pris :
– Renforcer les contrôles, via des opérations conjointes associant la Police, la Gendarmerie et l’Inspection de la Pharmacie, notamment au sein des grands marchés ;
– Sensibiliser dès le plus jeune âge, en intégrant un module pédagogique sur les risques liés aux faux médicaments dans les programmes scolaires ;
– Faciliter l’accès aux soins pharmaceutiques, par le déploiement de « pharmacies de proximité » et l’instauration de tarifs sociaux ;
– Responsabiliser chacun, à travers la campagne « Pas de médicament sans pharmacie », accompagnée d’un numéro vert destiné aux signalements citoyens.

« Le médicament n’est pas une marchandise ordinaire. S’approvisionner dans la rue, c’est jouer à la roulette russe avec sa santé », ont martelé les autorités présentes.
« Notre objectif est d’informer, d’éduquer et de mobiliser les citoyens autour de cette cause de santé publique », a déclaré M. Bienvenu AMOUH, Coordinateur national du Club RFI Togo.
La bataille ne sera pas gagnée par les seules saisies ; elle se jouera aussi, et peut-être surtout, dans les mentalités. Entre économiser 500 francs CFA aujourd’hui et risquer sa vie demain, le choix, pourtant vital, mérite d’être éclairé.
La Rédaction


