Au Togo, la question de la liberté de la presse ne se limite plus aux rapports internationaux ou aux classements. Sur le terrain, un malaise grandissant anime les professionnels des médias : celui d’un traitement jugé inéquitable entre les journalistes basés à Lomé et leurs confrères de l’intérieur du pays. Une réalité qui soulève des interrogations sur l’équité, la reconnaissance et l’avenir d’une presse véritablement nationale.
Dans la capitale togolaise, les conférences de presse, ateliers, formations et grands événements médiatiques s’enchaînent, mobilisant régulièrement les mêmes visages. Pendant ce temps, dans les régions, de nombreux journalistes dénoncent leur marginalisation, souvent exclus des invitations ou peu considérés dans les dispositifs de couverture médiatique.
Ce décalage ne reflète pourtant pas une différence de qualification. Bien au contraire, les professionnels des médias de l’intérieur du pays sont, pour beaucoup, formés et expérimentés, avec une connaissance fine des réalités locales. Mais ils évoluent dans un environnement moins structuré, avec un accès limité aux opportunités professionnelles.
Plusieurs facteurs expliquent cet état de fait. D’abord, la forte centralisation des activités institutionnelles et médiatiques à Lomé favorise mécaniquement les journalistes qui y sont installés. Les organisateurs d’événements privilégient souvent la proximité géographique, pour des raisons logistiques et budgétaires.
Ensuite, les contraintes financières jouent un rôle déterminant. Inviter des journalistes des régions suppose des coûts supplémentaires liés au transport, à l’hébergement et à la prise en charge, que tous les organisateurs ne sont pas prêts à assumer.
À cela s’ajoute une dynamique de réseau : les invitations circulent majoritairement au sein de cercles professionnels déjà établis dans la capitale. Cette logique d’habitude finit par exclure, de manière indirecte, les correspondants régionaux.
Enfin, une perception persistante, bien que contestable, tend à valoriser davantage les médias de Lomé, considérés comme offrant une plus grande visibilité.
Des conséquences sur la qualité de l’information
Ce déséquilibre n’est pas sans impact sur le paysage médiatique togolais. En marginalisant les journalistes de l’intérieur, c’est toute une partie de la réalité nationale qui se trouve sous-représentée.
Les enjeux locaux, les initiatives communautaires, les dynamiques rurales ou encore les préoccupations spécifiques des populations éloignées des centres urbains peinent à trouver un écho suffisant dans les médias.
À terme, cette situation fragilise la diversité de l’information, pourtant essentielle à une démocratie équilibrée et inclusive.
Face à ce constat, plusieurs pistes de solutions émergent. Mettre un accent sur la décentralisation des événements apparaît comme une première réponse, en rapprochant les initiatives médiatiques des régions et en valorisant les compétences locales.
Par ailleurs, l’instauration de mécanismes inclusifs dans les invitations, intégrant systématiquement des journalistes de l’intérieur, pourrait contribuer à rééquilibrer les opportunités.
Mettre l’accent sur lrenforcement des capacités des médias régionaux, à travers des formations, des appuis techniques et financiers, constitue également un levier important. De même, le recours accru aux outils numériques pourrait permettre une participation à distance plus équitable.
Enfin, les organisations professionnelles de journalistes sont appelées à jouer un rôle plus actif dans le plaidoyer pour une meilleure représentativité au sein de la profession.
Au-delà des frustrations exprimées, la question posée est celle de la construction d’une presse véritablement nationale, capable de refléter la diversité des réalités togolaises.
Car un journaliste basé à Sokodé, Kara ou Atakpamé n’est pas moins légitime que son confrère de Lomé. Il est, au contraire, un acteur clé de la proximité avec les populations.
Réduire ce fossé n’est pas seulement une exigence professionnelle. C’est une condition essentielle pour garantir une information équilibrée, renforcer la cohésion nationale et consolider les fondements démocratiques du pays.
Jean-Marc Ashraf


