La question du maintien des filles enceintes à l’école continue d’alimenter les débats au Togo. Si une majorité de personnes interrogées estiment qu’il est préférable de permettre à ces jeunes filles de poursuivre leur scolarité, d’autres redoutent qu’une telle mesure ne contribue à banaliser les grossesses précoces en milieu scolaire. Deux visions s’affrontent, révélant un enjeu complexe où se croisent droits humains, éducation et responsabilité sociale.
Pour les partisans du maintien des filles enceintes à l’école, exclure une élève en raison de sa grossesse revient à lui infliger une double peine. Au-delà de la grossesse, elle perd également son droit à l’éducation, réduisant considérablement ses chances d’obtenir un diplôme, d’accéder à un emploi et de sortir du cycle de la pauvreté. Selon eux, l’école doit rester un espace d’apprentissage et de réinsertion plutôt qu’un lieu de sanction.
Cette position s’appuie également sur une réalité sociale. Dans de nombreux cas, les grossesses précoces sont liées à la précarité économique, au manque d’éducation sexuelle, aux violences basées sur le genre, voire aux abus. Punir uniquement la jeune fille sans s’attaquer aux causes profondes apparaît, pour beaucoup, comme une injustice.
À l’inverse, certains citoyens expriment leurs inquiétudes. Ils estiment que le maintien systématique des filles enceintes dans les établissements scolaires pourrait être interprété par certains adolescents comme une forme de tolérance, voire d’encouragement implicite. Pour ces observateurs, l’absence de conséquences visibles risque d’affaiblir le caractère dissuasif des règles scolaires.
Toutefois, cette perception mérite d’être nuancée. Rien ne démontre qu’autoriser une élève enceinte à poursuivre sa scolarité incite les autres à tomber enceintes. Les grossesses précoces résultent d’un ensemble de facteurs sociaux, familiaux, économiques et éducatifs, bien plus complexes qu’une simple décision administrative.
De nombreux spécialistes de l’éducation rappellent que la réponse ne réside pas dans l’exclusion, mais dans la prévention. Une éducation complète à la santé sexuelle et reproductive, un meilleur dialogue entre parents et enfants, l’accompagnement psychologique des adolescents et l’application rigoureuse des sanctions contre les auteurs d’abus constituent des réponses plus efficaces pour réduire les grossesses en milieu scolaire.
Le défi consiste donc à trouver un équilibre entre la protection du droit à l’éducation et la nécessité de renforcer la responsabilité des élèves. Maintenir une fille enceinte à l’école ne signifie pas cautionner la grossesse précoce. Il s’agit plutôt de lui offrir une seconde chance tout en intensifiant les actions de sensibilisation auprès de l’ensemble des élèves.
Au Togo, comme dans plusieurs pays africains, le débat reste ouvert. Au-delà des opinions parfois divergentes, une certitude s’impose; celle de la lutte contre les grossesses précoces ne peut se limiter à l’exclusion des jeunes filles. Elle exige une mobilisation collective des familles, de l’école, des autorités publiques, des organisations de la société civile et des communautés afin de prévenir ces situations tout en garantissant à chaque enfant son droit fondamental à l’éducation.
Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre maintenir ou exclure les filles enceintes de l’école, mais de créer un environnement où aucune adolescente ne soit contrainte d’interrompre sa scolarité à cause d’une grossesse évitable.
Jean-Marc Ashraf


