TCHIKAWA, 08 août 2026 – Dans la préfecture de la Binah, les savanes arborées et les parcs boisés domine le paysage qui porte les stigmates d’une dégradation de couvert végétal. Les arbres à valeurs économiques comme le néré se raréfient, les sols cuirassés peinent à nourrir.

Dans ce paysage, les saisons deviennent imprévisibles, les pluies se font rares, les événements de vagues de chaleurs sont de plus en plus fréquents. En conséquence, les rendements agricoles chutent et la précarité s’installe durablement dans les ménages.

C’est dans ce contexte que la SCOOPS Hèzouwè d’Aramada a décidé de réagir. À sa tête, Mme LIMANG Peyabati revient sur un parcours marqué par l’ingéniosité et la résilience.

« Nous avons hérité du savoir-faire de nos mamans. La transformation du néré en moutarde se faisait de façon individuelle et ne nous rapportait qu’un maigre revenu », raconte-t-elle.
Face à la raréfaction de matière première de jour en jour liés à divers contraintes, les femmes ont développées une stratégie pour y remédier.

Elles se sont constituées en coopérative dans l’espoir d’attirer le soutien d’institutions et de partenaires techniques, à travers la valorisation des produits forestiers non ligneux.
Leur activité principale reste la transformation des gousses de néré en moutarde. Mais avec les changements climatiques et la dégradation des terres forestières y compris les parcs à néré, la matière première est devenue rare.

« Pour avoir des graines de néré, nous parcourions 9 km jusqu’au marché de Kétao. Le bol qui coûtait entre 800 et 1 000 francs CFA est passé à 1 800, voire 2 300 francs CFA », explique la présidente.
À cela s’ajoutent les effets de la sécheresse sur leurs autres cultures : maïs, haricots, tomate et gombo. Le manque d’eau potable complique aussi la transformation et la conservation de la moutarde. « La vie devenait de plus en plus difficile. Nous étions à la merci de Dame nature », confie Mme LIMANG Peyabati.


C’est alors qu’est intervenu l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Son appui décisif a changé le quotidien des femmes de Tchikawa.

Grâce à ce soutien, un forage photovoltaïque a été construit. L’accès à l’eau potable est désormais assuré, tant pour les besoins domestiques que pour de la transformation.
La FAO a également permis la mise en terre de plants de néré sur quatre hectares, au flanc de la montagne. Des arbres fruitiers, des plantes médicinales, du moringa, du teck et du caïlcédrat (Khaya) ont également été plantés afin de contribuer à la restauration du couvert forestier.
« Pour transporter les plants, nous louions des taxis-motos. Aujourd’hui, nos nérés ont grandi. Ils produisent déjà des gousses », se réjouit la présidente. A ce niveau, il faut souligner comme résultat : les femmes n’achètent plus de graines. L’argent économisé est réinvesti dans le foyer, et le panier de la ménagère s’est renforcé.
Autre changement notable : le retour progressif des pluies. « La joie revient dans les familles. Nous vendons la moutarde jusqu’à 10 000 francs CFA par jour et nous faisons des cotisations journalières », souligne Mme LIMANG.
À Tchikawa, une action simple de reboisement et d’organisation collective profite à la fois à la nature et à l’économie locale, et redonne espoir à tout un village.

Le message est clair : les femmes d’Aramada, en se mettant en groupe organisé appelé SCOOPS Tchézouwe, ont transformé les défis climatiques en une opportunité et apportent leur contribution dans le renforcement de la résilience du secteur Agriculture, Foresterie, Utilisation des terres à Tchikawa.
En rappel, à travers le projet NAP Readiness appuyé par le Fond vert pour le climat (GCF) mis en œuvre par la FAO en collaboration avec le Ministère de l’Environnement, des Ressources Forestières, de la Protection Côtière et du Changement Climatique, la région de la Kara s’est dotée de son plan d’adaptation a aux changement climatiques (PRA).

Ce plan prévoit 17 mesures d’adaptation pour le renforcement de la résilience du secteur Agriculture, et 10 mesures pour celui de la Foresterie et de l’Utilisation des terres de la région dont la valorisation des produits forestiers non ligneux.
Marcel AKAKPO


