mercredi, juin 17, 2026

FONIO : La céréale oubliée d’Afrique de l’Ouest s’impose comme un atout nutritionnel et agricole

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Longtemps resté dans l’ombre des grandes céréales comme le maïs, le riz ou le mil, le fonio suscite aujourd’hui un intérêt renouvelé. Cette petite graminée, surnommée « la céréale des Dogons », revient au cœur des débats sur la sécurité alimentaire et la diversification des régimes alimentaires en Afrique de l’Ouest.

Sur le plan nutritionnel, le fonio se distingue par une composition d’une richesse remarquable. Il apporte des protéines végétales de bonne qualité, des fibres alimentaires, du fer, du zinc, du magnésium et plusieurs vitamines du groupe B. Il est également l’une des rares céréales à contenir naturellement des acides aminés soufrés, la méthionine et la cystéine, souvent limitants dans l’alimentation à base de céréales.

Son faible index glycémique constitue un atout majeur pour la santé publique. En libérant l’énergie lentement, le fonio contribue à stabiliser la glycémie, ce qui le rend particulièrement adapté aux personnes diabétiques et à celles qui surveillent leur poids. Par ailleurs, l’absence de gluten en fait une alternative précieuse pour les consommateurs intolérants ou sensibles.

La digestibilité du fonio renforce son intérêt. Sa texture fine et sa cuisson rapide le rendent facilement assimilable, y compris pour les enfants et les personnes âgées. Des études soulignent aussi la présence de composés phénoliques aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, utiles dans la prévention du stress oxydatif lié à plusieurs maladies chroniques.

Sur le plan agronomique, le fonio affiche une résilience qui attire l’attention des agronomes. La plante pousse rapidement, sur des sols pauvres et avec un minimum d’eau. Cette capacité d’adaptation en fait une culture stratégique dans les zones sahéliennes et soudaniennes, où la variabilité climatique menace la production vivrière.

La production africaine demeure concentrée en Afrique de l’Ouest. La Guinée occupe la première place mondiale, suivie du Mali et du Burkina Faso. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Niger, le Togo et le Bénin complètent la carte des pays producteurs. Dans la plupart de ces territoires, le fonio reste une culture vivrière, cultivée à petite échelle et transformée artisanalement au niveau local.

Au Togo, la culture est portée par deux communautés historiques : les Akposso et les Nawdba/Nawda. Les Akposso qui d’ailleurs, font de la céréale , le pilier de leur tradition (Ovazu) Leur production demeure modeste, mais elle témoigne d’un savoir-faire ancestral qui mérite d’être préservé et valorisé.

Face à la demande croissante pour des aliments sains, durables et locaux, les acteurs du secteur agricole et de la nutrition plaident pour une meilleure structuration de la filière. Améliorer la transformation, renforcer la mécanisation et développer des circuits de commercialisation équitables pourraient transformer le fonio en levier concret pour l’emploi rural et la souveraineté alimentaire.

L’enjeu est désormais clair : faire passer le fonio du statut de produit de niche à celui de filière d’avenir, capable de répondre aux défis nutritionnels, économiques et environnementaux du continent.

Marcel Akakpo

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